J'avais fait un bébé tout petit, de cinquante centimètre. Ses mains s'agittaient, il buvait contre moi, je le serrais comme pour mieux le connaître, lui dont j'avais rêvé plus de neuf mois. Dans sa chaleur humide, encerclant sa frimousse légère s'approchait ma main intimidée que troublait une crainte, un profond respect, pour ce bijou de chair et de laine douce. De ses paupières fripées à ses premiers pas, j'entrais dans le mystère des cris et des désirs et l'aidai à comprendre les lois de la terre. Devant moi aujourd'hui il penche un front sérieux sur les devoirs scolaires, l'alphabet ennuyeux. Il tape du pied, il boude, ses vilaines manières m'énervent tant... je le jetterai par la fenêtre. Que reste-t-il de la goutte de lait qu'au coin de la bouche je lui essuyais? Mon grand fils de cinq ans, de quinze ou de vingts, tu te révoltes, tu me repousses puis tu reviens sans te douter un instant que j'ai suivi le même chemin. Une maman n'est pas toujours sereine, elle pleure, elle se bat, elle cherche autant que toi à vivre le beau, le sacré, le meilleur d'elle même et ça dépasse de loin l'adorable image, la photo en couleur fixée dans la joie, d'une maman heureuse serrant dans ses bras un bébé sage, le jour de son baptême.